Earl Jeffrey Richards
Le pouvoir et le rôle politique de la reine chez Christine de Pizan
Depuis le travail classique de 1838 de Raymond Thomassy sur les écrits politiques de Christine de Pizan, l'unité de sa pensée politique a été fréquemment mise en question. Dans ma communication, j'essaierai de dégager une cohérence implicite dans sa réflexion sur le pouvoir et le rôle politique et théologique de la reine.
Pour commencer il faudra préciser le public féminin historique de ses écrits, c'est-à-dire, les femmes qui ont été membres de la cour d'Isabeau de Bavière. Ces femmes, identifiées par Yann Grandeau en 1977, constituent un véritable " collège féminin " politique - ou mieux, le collège féminin historique auquel Christine s'adresse - qui sous-tend le monde politique de leurs maris et de leurs frères. Ce sont surtout elles qui définissent en premier plan l'horizon d'attente de la pensée politique de Christine.
Les liens de la cour d'Isabeau avec la cour impériale d'Louis VII de Bavière-Ingolstadt (qui remontent au mariage de Jean II avec Bonne de Luxembourg) sont peut-être importants pour savoir si Christine s'inspire aussi des exemples des reines dans le Saint-Empire. En deuxième lieu il faudra reconsidérer les aspects théologiques du pouvoir de la reine. Il ne s'agit pas ici seulement du recours constant de Christine à la mariologie (Maria mediatrix, Maria regina coeli), mais aussi des parallèles possible entre les sermons de Jean Gerson adressés à la cour (par exemple, le Ad Deum vadit) et la pensée politico-théologique de Christine.